Gabriel (St Petersbourg) – Art et Révolution, le constructivisme architectural

On oublie souvent que la révolution d’octobre 1917 était plus qu’une simple révolution politique, elle se voulait bien plus que ca et notamment une révolution du quotidien. L’objectif était ainsi de défaire « le mode de vie conservateur » décrit pas Trotsky dans Littérature et Révolution (j’ai pas lu Trotsky rassurez vous) Pour porter ses idées la Révolution avait besoin d’un art, d’un médium, pour porter ses idées et elle le trouva dans le mouvement Constructiviste. Et quel autre moyen que pour réformer le mode de vie des russes que d’investir les lieux de vie par l’architecture.

Davantage qu’un mouvement artistique, cette nouvelle vision de l’Art rejette toutes les conventions passées. C’est le premier à réellement s’émanciper des courants occidentaux et à représenter un véritable Art Russe. Né en tant que peinture dans les années 1900 ce mouvement s’étendit bientôt à tout les champs artistiques. Les Constructivistes ne se définissaient pas comme des artistes, un terme bourgeois selon eux, ils se désignaient comme ingénieurs et penseurs industriels. Ils s’appuyaient sur le Construction pour décrire ce monde nouveau en plein bouleversement.

11102017-33A_00045sans titreL’ ANCIENNE USINE-CUISINE DE LA PERSPECTIVE STATCHEK

Les architectes inversèrent le processus de création alors utilisé. C’étaient désormais les matériaux et l’usage du bâtiment qui dictaient le travail alors que précédemment la contraintes esthétique prédominaient. L’architecture constructiviste était rationnelle, sans fioriture, pensée pour ses utilisateurs en premier lieu et donc révolutionnaire. Nikolaï Ladovski l’un des théoriciens de ce mouvement prescrit les critères Constructivistes : géométrique, minimaliste, architectonique, en expérimentation constante. 

Mais de plus ils furent parmi les premiers à apporter une véritable vision sociologique à l’architecture. Deux éléments indissociables, le travail de l’architecte défini les interactions entre les individus, leur vie, leur appropriation du lieu. Et cette période de révolution communiste il s’agissait d’éléments primordiaux, il fallait retranscrire les idéaux communistes au travers de l’architecture. Ecrire au travers de l’architecture, tout les bâtiments étaient (libres et) égaux : la même attention était ainsi données à tout les bâtiments ; appartements, usines, arrêts de bus (lien), cabines téléphoniques… L’architecture devait être lisible, la fonction devait être exprimées au travers des lignes, un terme était mis à l’éclectisme.

Conformément à la division scientifique du travail Tayloriste adoptée par Lénine les nouveaux credos architecturaux étaient hygiène, espace, flexibilité et mobilité.  De même la collectivisation devenait la norme et Saint-Petersbourg la capitales des kommunalkas (appartements collectifs). Il fallait mettre un terme à l’individualisation « bourgeoise » de la société. 14102017----_00074sans titreL’ancien hotel de ville de Léningrad par Noi Trotsky construit en 1934

L’une des illustrations de ce mouvement est le bâtiment Narkofin de Moscou construit par Moisei Ginzburg. Le but était de rassembler toute une communauté dans un même et seul bâtiment, lui fournissant magasin, cuisine commune, salle à manger, crèche, laverie et solarium (on voit 4h le soleil en hiver ici). Un objet architectural révolutionnant la vie de ses habitants. Les habitants étaient le point de départ du projet et le travail de l’architecte s’articulait autour d’eux. Il en va de même pour l’Hotel de Ville de Léningrad construit par Noï Trotsky, il exprime clairement sa fonction, se mettant au service de l’homme et du communisme. L’architecte se devait de réaliser des « condensateurs sociaux » au travers de son travail. 

14102017----_00070sans titreLa facade Est de l’Hotel de Ville de Léningrad

Le mouvement constructiviste et l’avant-garde russe furent vite réduit au silence par Staline qui lors de son accession au pouvoir mis un terme à toutes les aides et projets constructivistes car il considérait ce mouvement comme « gauchiste », « féministe » et « trotskyste ». Un retour à l’art néo-classique, conservateur et surchargé fut donc opéré. Le mouvement constructiviste resta donc à l’état de projet, la majorité des trâces se trouvant dans les ébauches réalisées pour des concours. De nombreux concours étaient en effet réalisé afin d’occuper les architectes, le manque de financement manquant pour les projets.

14102017----_00061sans titreLE COMPLEXE RÉSIDENTIEL DE LA RUE TRAKTORNAÏA

Mais ce mouvement inspira de nombreux architecte tel que Van der Vlugt, Walter Gropius ou encore Le Corbusier. Le Corbusier se rendit de nombreuses fois en URSS et y réalisa de nombreux projets, y trouvant un terrain de jeu idéal. La Cité-Radieuse peut ainsi être directement comparée à de nombreuses constructions soviétiques de cette époque. Avant l’heure les « machines à habiter » furent inventées. 

Ce mouvement transcendant architecture, sociologie et ingénierie éleva le quotidien au rang d’art. Il fourni des murs à la révolution en tentant de redéfinir le quotidien autour d’un objectif commun. Pour la première fois des architectes créaient en priorité pour la classe ouvrière. Mouvement clairement idéologique il créa un nouveau language architectural pour répondre à une nouvelle réalité politique et sociale.

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