Gabriel (St Petersbourg) – La vie Petersbourgeoise

Bien que que j’eusse su (hop-là on case un plus-que-parfait du subjonctif) que le choc des civilisations n’allait pas avoir lieu. Je m’attendais à trouver à Saint-Petersbourg de nombreuses différences avec nos modes de vie occidentaux. J’ai bien constaté des différences mais pas là où je m’attendais à les trouver. Au premier contact Saint-Petersbourg peut paraitre comme n’importe quelle capitale d’Europe de l’Est, baroque, traversée de larges avenues, surchargée d’édifices plus grandiloquents les uns que les autres à ne plus savoir ou donner de la tête, à l’image de Vienne ou Ljubljana.  En sortant du métro à mon arrivée la première chose que je vis fut un MacDonald, la globalisation…

La singularité de Saint-Petersbourg est donc à chercher autre part, non pas en surface mais chez les gens qui l’habitent et ses cours intérieures.

Ce qui distingue Saint-Petersbourg des villes occidentales, avec lesquelles on pourrait la confondre, est son rythme de vie. La ville est calme, la vie est tranquille. Loin des klaxons, des cris, des bousculades à Châtelets-Les-Halles. Ici personne ne court, il ne faut pas être pressé. Le métro de Saint-Petersbourg est le plus profond du monde, les escalators mettent 2’30 » pour y descendre, montre en main. Il y a 7 minutes de trajet entre chaque station (pas de stations tous les 100 mètres ici).

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Alors à Saint-Petersbourg on prend son mal en patience. On apprécie la promenade, pas d’injonction à la productivité, on est serein, les publicités ne tapissent pas les murs du métro mais plutôt des oeuvres a la gloire du communisme (certes des publicités, mais d’un autre genre).

11092017-img010-1 (glissées)-APLLa station Маяко́вская, à la gloire de Lénine

Ici la rationalisation à outrance de tout n’a pas lieu, les démarches prennent du temps, et ca fait du bien.

L’appropriation de la rue par les Petersbourgeois

Alors c’est un aspect qui peut paraitre dérisoire et anecdotique mais selon moi ça a son sens. Et on pourrait même envisager un travail sociologique sur l’appropriation de la rue des Petersbourgeois. En France la rue nous appartient, il parait même que « la rue abat les nazis, renverse les rois » (cc Méluche). Ici la rue étonnamment a moins de pouvoir, et les manifestations légèrement plus rares. Plus sérieusement en France on peut passer sa soirée dans la rue, assis dans un parc à boire, prendre un verre en terrasse. Ici la rue est purement fonctionnelle, pour aller d’un point A à un point B. C’est un espace assez impersonnel.

Les Petersbourgeois sont donc des êtres qui vivent cachés, loin du regard du tout-venant. Cependant pour avoir la chance de les observer dans leur habitat naturel il faut s’aventurer dans les cours intérieurs des immeubles. Chaque immeuble en effet possède une cour intérieur, avec en son centre une aire de jeu. C’est ici que les habitants se rassemblent, échangent.

12092017-__5_00032sans titre.jpg03102017-Pel3033-3 (glissées)sans titre.jpgМозаичный Дворик, une aire de jeux recouverte de mosaïques

Saint-Petersbourg est une ville secrète, pour trouver les endroits, il faut se promener, se perdre. Aucun panneau ne vous indiquera jamais votre chemin. Ainsi la ville peut sembler froide au premier abord mais il faut l’apprivoiser. S’ouvrira alors à vous une ville nouvelle : jeune et dynamique. C’est, à mon avis, propre aux russes et l’on peut le retrouver dans les romans de Dostoïevski par exemple. Les intrigues prennent toujours place, au chaud, dans des maisons, des clubs. Une fois enfoncé dans les cours intérieurs et les appartements, la ville parait loin. Le temps se suspend, des intrigues ont lieu, on s’imagine la repentance de Rodion Romanovitch Raskolnikov dans Crime et Châtiment, les complots révolutionnaires dépeints par Albert Camus dans Les Justes (bien que le livre se déroule à Moscou). L’émergence des sociétés secrètes Décabristes dans les dédales de ruelles…

Saint-Petersbourg est une ville secrète, chargée d’histoire, elle possède son propre tempérament, son atmosphère. Propice a tous les complots, elle pèse sur ses habitants et les poussent dans leurs retranchements.

 

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