La vida española

A peine arrivée sur le sol andalou, la tête pleine de rêves et les valises pleines de choses inutiles, je n’avais qu’une envie : adopter les coutumes du peuple espagnol. J’ai appris à mes dépends qu’il ne suffisait pas de manger la même chose qu’eux, que les « oh là là » sont typiquement français et vous colleront sur le front l’étiquette de touriste, et que l’accent andalou peut réduire à néant vos espoirs de comprendre l’espagnol.

Pour ce deuxième article, je vais donc tenter de vous initier à la survie en milieu grenadin (oui, ça se dit).

Etape 1 : le logement

 

Quand on arrive SDF (et légèrement paniquée), c’est la première question qui s’impose. Les rues sont couvertes d’avis, donc au début il suffit de se promener, de noter tous les numéros (ou de déchirer les petits papiers que vous retrouverez pêle-mêle dans vos poches quelques jour plus tard) et de prendre rendez-vous le plus vite possible. C’est ainsi que j’ai consacré mon troisième jour à Grenade à effectuer pas moins de 9 visites, pour un total de 30 kilomètres à pieds selon mon amie allemande, qui est désormais ma colocataire. Le 9e fut le bon. Les visites présentent le double avantage de vous faire visiter la ville et de vous garantir des mollets en béton, parce que les rues de Grenade sont en pente.

Ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez rien à la première visite, les mots qui reviennent sont toujours les mêmes : les charges, le loyer, et… Lumineux. Oui, c’est un critère de choix majeur ici. Tant pis si les portes de l’armoire sont décrochées, si le plafond de la salle de bain menace de céder et qu’un cafard mort fait office de décoration dans la cour intérieure. Lumineux, on vous dit.

Autre petit détail : les espagnols n’acceptent souvent que le cash, et cela vaut aussi pour les loyers. Aie confiaaance, pas sûr que tout cela soit très légal mais ce n’est pas incompatible avec leur honnêteté. Demandez quand même un reçu, pour être sûr. Ainsi, même si les loyers sont très bas et que les prix représentent près de la moitié de ceux de Bordeaux (du moins d’après mes calculs), vous devrez vous promener avec de grosses coupures dans la rue, comme si de rien était, et ce chaque premier du mois. Avec l’impression, rare pour un étudiant, d’être riche.

Etape 2 : les horaires

Comme dirait mon professeur de sociologie, « les espagnols sont des gens ponctuels, certains ne sont tout simplement pas au courant ». Prenez donc l’habitude d’arriver systématiquement 10 minutes en retard quand vous avez rendez-vous avec des natifs ; cela vaut aussi pour les visites d’appartements.

à l espagnole: matin, après-midi et samedi

Leur version d’une journée normale vous demandera un temps d’adaptation, surtout pour les repas. Une publicité de la poste espagnole (l’horrible couleur jaune canari en moins) clamait : « recevez votre courrier avant 10h, l’heure du petit déjeuner ! ». De même, n’imaginez pas satisfaire votre ventre français gargouillant avant 14h pour le midi, et 22h le soir : si vous demandez un sandwich à midi, on vous regardera avec des yeux ronds, et à l’étiquette de touriste s’ajoutera cette de ventre sur pattes.

 

Autre chose : la rumeur selon laquelle les espagnols vivent la nuit est… totalement avérée. La plupart des magasins ferment vers 22h (l’heure du repas, si vous avez suivi), et vous pouvez ensuite aller manger des tapas à peu près n’importe où et revenir à 23h-minuit. Il y aura à peu près autant de monde dans les rues qu’en pleine journée.

Avenue de Grenade, un samedi à 8h

Autant vous le dire tout de suite : à moins d’être chanceux, vous ne dormirez pas jusqu’à midi pour autant (bon, sauf le dimanche, mais cette journée commence à 14h). D’abord parce que vous avez parfois cours à 9h et que sécher c’est très vilain, ensuite parce que dès 8h du matin de gentils ouvriers percent des trous dans le mur de l’appartement voisin, qui se trouve juste à côté de votre chambre (sinon c’est pas drôle). Malheureusement, il n’y a que les ouvriers et les étudiants qui soient matinaux : les rues à 9h sont peuplées quasiment exclusivement d’enfants, le reste de la ville dort.
Evitez également de prévoir quoi que ce soit entre 15h et 17h. Vous ne trouverez dehors que des touristes, Grenade devient une ville fantôme. « La siesta, tío, la siesta ! » Quand on vit la nuit, on dort peu, et il faut bien compenser.

Etape 3 : les cours

Les cours ici sont dispensés dans des salles de 40 à 100 élèves et sont relativement faciles, si l’on omet l’inimitable accent andalou. Enfin, inimitable, c’est vite dit : enlevez tous les « s » de vos mots, ainsi que les dernières syllabes si vous pensez que votre interlocuteur peut les deviner. Et surtout, parlez très vite.

Les matières disposent de plages horaires de 2h, il faut un peu de temps pour s’y habituer et rester concentrés. Dès les premières heures, vos professeurs vous donneront leurs consignes, dont voici une liste non exhaustive :

-si vous êtes fatigués, merci de le signaler à la fin du cours pour qu’on termine plus tôt, rien ne sert de s’acharner

-apprenez à bien citer vos sources grâce aux cours qui y seront consacrés (environ 4h pour 2 matières, on ne rigole pas avec les sources, oublier de mettre le titre de la revue en italique fera de vous un délinquant)

-si vous avez un appel important ou que, de manière générale, vous n’êtes pas intéressés, merci de quitter la classe sans faire trop de bruit. Il ne faut pas le répéter deux fois aux espagnols, qui quittent les lieux 1h avant la fin. La siesta, tío !

-participez un maximum. Ici, tout peut être sujet à débat, de la citation des sources jusqu’au référendum catalan (bon, surtout le référendum catalan en ce moment). Les interactions avec les professeurs sont nombreuses, certains cours sont de vrais dialogues.

Et pour vous aider à lire votre emploi du temps, voici un petit cadeau :

CE QUE VOUS LISEZ CE QU’IL FAUT COMPRENDRE
9h-11h Cours du groupe du matin
11h-13h
13h-15h
??? SIESTE
16h-18h Cours du groupe du soir
18h-20h
20h-22h

 

A 14h, c’est donc le matin.

Etape 4 : la nourriture

Oui, on va enfin parler tapas ! Ici tout se mange frit, et dans vos veines coulera bientôt plus d’huile que de sang, mais pour 2 euros vous aurez à boire et à manger. Préparez-vous à ce régime spécial pour ne pas être surpris quand vous rentrerez boudinés dans vos vêtements et traversant la frontière en roulant.

Sinon, pour les amateurs de fruits et légumes, les fruterias feront votre bonheur, là aussi pour des prix défiant toute concurrence.

Etape 5 : l’état d’esprit

En somme, ce qui caractérise les espagnols, c’est leur gentillesse, leur capacité à s’arrêter quelques minutes à l’ombre pour te montrer le chemin, même s’ils sont pressés et que c’est déjà la 3e fois que tu leur demandes. « Estoy perdida » sont certainement les mots que j’ai le plus prononcés durant les deux premières semaines. Les habitants m’ont servi de gps.

A cela, il faut ajouter un côté extrêmement décontracté : pour les voyages en bus d’1h30, il est normal de s’arrêter non pas 5, mais « 20 touutes petites minutes » pour visiter les aires d’autoroute. Vous avez des papiers à faire signer ? Le bureau a fermé 1h en avance parce qu’ils avaient déjà vu beaucoup d’étudiants aujourd’hui, et le responsable est là tous les jours dans les couloirs, mais ne passe qu’une seule fois par semaine. Deux cours sur la même heure ? Pas de problème, parlez-en avec vos professeurs et trouvez un arrangement ! (Option que je vous déconseille, changez radicalement votre emploi du temps comme tout erasmus qui se respecte)

Si tu as lu jusque là, tu ne devrais pas être trop dépaysé le jour où il te prendra l’envie de voyager en Espagne. En attendant un nouvel article, n’hésitez pas à aller lire ceux de mes amis des quatre coins du monde, via le site de la diaspora !

Hélène







Retrouvez Hélène Dieulot sur Tapas & Grenadine

Article original : Cliquer Ici

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