Cuba (libre) te amo – 17 au 23 décembre 2017


La fierté cubaine et les belles couleurs de La Havane

Depuis plusieurs années l’idée de me rendre un jour à Cuba me trotte dans un coin de la tête. Par manque de moyens et de temps ce projet n’avait jamais pu se réaliser alors quand l’occasion de partir entre amis de Sciences Po et de San Diego pour une semaine juste après nos partiels s’est présentée, je n’ai pas hésité une seconde avant de répondre « oui ».

Partir à Cuba n’est pas une chose simple, encore moins depuis les Etats-Unis. L’île est très mal connectée puisque internet n’est pas distribué partout, l’accès est payant à la carte et le téléphone ne marche pas depuis l’étranger. Une réservation d’airbnb mettait en moyenne trois jours à être confirmée et jusqu’au matin du départ il a été assez fastidieux de comprendre toutes les modalités du visa cubain. Quoi qu’il en soit, malgré une organisation parfois compliquée nous étions dans l’avion au départ de Los Angeles le 17 décembre direction la Havane. Après cinq heures de vol nous avons atterri à l’aéroport international José Marti situé un peu à l’extérieur de la ville sous 28°C et un grand ciel bleu. Récupérer les valises et changer nos euros (mille fois plus gagnant qu’avec des dollars) a été également assez long puisque l’affichage exact des diverses informations était (un peu) en option. Une fois munis de nos CUC (Cuban Convertible Peso soit la monnaie nationale avec le CUP Cuban Peso) on a pris un taxi direction notre airbnb situé dans le quartier chinois de la Havane, le deuxième plus grand au monde après celui de San Francisco d’après notre chauffeur.


Chinatown version La Havane

Notre chauffeur, Jordan, était vraiment adorable, on a pas mal discuté avec lui de Cuba et surtout des connexions. En effet, comme je l’ai écrit plus haut l’accès à internet est très restreint sur l’île en particulier tout ce qui touche au streaming. Ainsi quelques sites / applications qui pour nous sont communs sont bloqués à Cuba comme Netflix, Snapchat, Youtube, Spotify… Certains sites directement reliés aux Etats-Unis également, comme le portail de ma session étudiante de l’université américaine par exemple (oui j’étais stressée pour les résultats de mes partiels ok). Comme Jordan mettait du reggaeton plutôt récent, comme Tu Foto de Ozuna (les vrais savent), on lui a demandé comment il l’avait récupérée et il nous a répondu « grâce au paquete » soit un réseau de pirates qui chaque semaine télécharge les chansons, films et séries du moment au Mexique et aux Etats-unis, contenu ensuite partagé sur toute l’île par clefs usb et disques gravés, comme à l’époque de nos parents. On était super contents de voir le système du paquete pour de vrai parce que la veille on avait regardé le documentaire génialissime de Major Lazer sur Cuba et la musique (que je vous conseille vraiment) où le paquete est mentionné de nombreuses fois et expliqué entièrement. On est donc arrivés sur la Havane avec du reggaeton à fond dans le taxi et la promesse de Jordan que nous allions adorer Cuba.


Habana vieja

Dès notre première sortie pour aller dîner le soir, ce qui m’a frappée c’est le sentiment de sécurité dans la rue. En voyant les nombreux immeubles délabrés de La Havane et le nombre de personnes dans la rue assises à même le sol, j’ai directement pensé par réflexe que la ville allait être peu safe et j’avais totalement tort. On va dire qu’en Europe, à la vue de mecs qui « zonent » dans des petites rues sombres, on a plutôt tendance à changer de trottoir ou à changer de chemin. A Cuba, la vie nocturne bat son plein ce qui fait qu’il est très tranquille de se balader jusqu’à tard. Beaucoup d’enfants jouent dehors jusqu’aux alentours de 23h30, de nombreuses familles discutent dehors face à leurs portes, ce qui m’a beaucoup rappelée l’Espagne l’été quand la chaleur empêche les gens de rester chez eux avant que la nuit ne tombe.


Les vieux édifices de La Havane

Dès la première soirée on a tous pensé que la Havane était un gros bazar organisé Je ne trouve pas d’expression qui pourrait mieux définir cette incroyable ville où les voitures roulent dans tous les sens et où la vie grouille de tous les côtés, comme nombreuses villes d’Asie du Sud-Est. Seuls les quartier touristique, autour du Paséo a José Marti et du Parque central et le quartier des ambassades sont vraiment très propres, avec de vraies routes bétonnées. Pour le reste on croise beaucoup d’immeubles délabrés voir à moitié debout, entre deux maisons colorées aux peintures défraîchies et plusieurs vieilles Chevrolet pastels. La plupart des routes sont faites de terre, certaines sont encore à moitié en construction et creusées ce qui laisse d’énormes trous dans le sol (toujours bien regarder où l’on met les pieds à la Havane!). Les poubelles sont aussi parfois déversées à même la terre ce qui laisse dans certaines rues une bonne odeur de crotte de chien et de benne à ordures (soyons crus parce que parfois c’était vraiment fort). Le contraste est assez conséquent entre les « beaux » quartiers et les rues aux brèches béantes mais dans les deux cas, l’ensemble fait « propre » (je ne saurais vraiment pas comment décrire cette ambiance singulière, c’est si spécial si unique).


Toujours bien regarder où l’on met ses pieds dans les rues de La Havane


Service ordurier 2.0

On a vu zéro homeless à Cuba ce qui change énormément des Etats-Unis. L’impression globale que m’a laissée cette belle île était que même les gens les moins riches avaient quand même le minimum, même si bien évidemment en six jours je n’ai pas eu le temps de tout voir. L’impression que nous avons eu (confirmée par les habitants et nos recherches en rentrant) était qu’il n’y a « pas » de misère à Cuba. Tout est rationné, nourriture, médicaments etc mais en échange personne ne se retrouve avec rien. Nous n’avons vu personne en réelle situation de détresse et même si nombreuses personnes travaillent dans la rue, personne ne fait la manche et pour gagner de l’argent les Cubains préfèrent vendre leurs services ou des petits souvenirs que la mendicité. Malgré le harcèlement constant pour les taxis, tout le temps, partout, à chaque instant (ex : quand on passe devant un café et que des mecs dont le plat vient d’arriver te crie « taxi ?» de l’autre bout du trottoir) il est très agréable de se balader dans un quartier touristique d’une ville inconnue sans se faire alpaguer tous les deux mètres pour une rose ou de l’argent (cc Barcelone). Comme je viens de l’écrire c’est ce que nous avons pu cerner en six jours et c’est l’impression globale que l’île nous a donné même si en réalité, bien évidemment, la vie n’est pas si rose pour les cubains. Je reviendrai plus tard sur cet aspect.


Taxis cubanos

Pour ce qui est de la nourriture, Cuba nous a à nouveau surpris positivement et ce dès le premier soir. Nous n’avons jamais payé plus de 7CUC pour un plat, ce qui revient à 5e30 avec des portions vraiment énormes et des saveurs incroyables. Je crois que le moins cher qu’on ait payé pour une pièce de bœuf et du riz avec des haricots, une spécialité cubaine était 2,50CUC soit environ 1e90. Même chose pour les cocktails, la plupart de nos mojitos et cuba libres nous ont coûté 2,50CUC, plutôt cool non ? J’avais presque la larme à l’oeil en pensant à tous ces mojitos parisiens en terrasse que j’ai refusé parce qu’ils coûtaient un demi smic. En plus d’être très peu coûteuse, la nourriture / boisson cubaine est vraiment de très bonne qualité, manger des spécialités locales tous les jours a été un nouveau voyage quotidien. Le dernier soir on a fêté la fin du séjour en mangeant des langoustes, la spécialité de Cuba que nombreuses personnes nous avaient conseillé et on a pas été déçus, surtout que encore une fois ça nous a coûté vraiment peu cher (autour de 12e quand en France cela coûte le quadruple). La bière cubaine, la cristal cerveza est aussi très bonne et ça vaut tellement mais tellement mieux que la Bud Light (prends ça Trump). À La Havane nous n’avons jamais mangé en dessous de 5,50CUC tandis que lorsqu’on est allés à Varadero, donc plus vers la campagne, les prix étaient vraiment bas, entre 3CUC et 5CUC pour un plat complet.


Spécialité cubaine : porc et riz aux légumes et les fruits aux mille couleurs

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La carte des cocktails dans un bar à La Havane avec des prix plutôt sympathiques

On a donc partagé notre séjour entre La Havane et Varadero, à l’est de l’île. Nous sommes tous tombés amoureux de Cuba pendant ces vacances et ce en particulier grâce à l’ambiance unique de La Havane. Entre ces belles maisons et immeubles colorés, ces Chevrolet pastels à chaque coin de rue, son « bordel organisé » et l’ambiance festive qui rythme la ville, il est vraiment difficile de ne pas apprécier la capitale. Entre beauté architecturale par certains de ses monuments comme sa cathédrale ou son musée de la révolution (où nous avons pu encore une fois mesurer l’adoration des cubains pour Che Guevara), ses petites rues piétonnes où la vie bat constamment son plein entre restaurants animés et bars dansants ou la gentillesse de ses habitants, la Havane est une ville chaleureuse, rythmée et pleine de charme. Les cubains font partie des gens les plus gentils qu’il m’ait été donnée de rencontrer (désolée les Thaïlandais mais il y a compétition là) et toutes les belles rencontres que l’on a pu effectuer n’ont qu’embelli notre beau voyage.


El Capitolio y el museo de la revolución

Nous avons donc passé environ quatre jours dans la capitale où nous avons visité quelques incontournables comme le musée de la révolution, paseo a josé marti, la vieille havane, le capitole et où nous nous sommes énormément baladés dans chinatown et le centre de la ville. L’ambiance de la ville, le jour comme la nuit est quelque chose que je n’oublierai jamais. En effet, je pense qu’il y a quelque chose de vraiment singulier à Cuba que l’on ne peut retrouver nulle part ailleurs qui est cette sensation d’être réellement coupée du monde puisque nous sommes vraiment sans connexions et sans moyen de communication avec le reste du monde. Et même si cela peut un peu inquiéter les proches (= désolée maman si tu t’es inquiétée au bout de cinq jours sans avoir de nouvelles) quel sentiment de liberté que de ne pas checker son téléphone dans la journée. Ajouté à cela l’ambiance animée de La Havane, nous avons passé quelques jours emplis de légèreté et de fête. Et pour finir sur ce point, du coup, ce qui est assez drôle c’est que le pays semble bloqué dans les années 1990-2000, tant par le style cubain (= téléphone à clapet, vêtements aussi swags que ceux de la StarAc, gel dans les cheveux et strass à fond) que par l’architecture (vieux immeubles, vieilles voitures…). Nombreux endroits et détails m’ont vraiment rappelés l’Espagne, comme certains édifices aux salles d’eau datées que l’on peut retrouver dans les vieux immeubles espagnols construits il y a plus de 70 ans.


A gauche, Paseo a Jose Marti qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Las Ramblas de Barcelone ; à droite les belles couleurs des rues de La Havane face au Capitole

Pour ne pas voir uniquement que La Havane – et aussi parce qu’on voulait faire la fête au soleil – nous sommes allés passer deux jours à Varadero, à 2h de bus à l’est de la capitale. Après un trajet un peu fastidieux, entre les vaches au milieu de la route la nuit que le chauffeur a vu au dernier instant et les horaires cubains plutôt flexibles, nous sommes arrivés à Varadero, petite ville près de l’eau connue pour ses plages de sable blanc, ses fêtes et son eau transparente. Effectivement les plages étaient paradisiaques et pour nous tous les plus belles que nous ayons jamais vues. Sous un grand ciel bleu nous avons pu profiter de l’eau limpide à 25°C, bien plus chaude que l’océan californien.


La vieille gare routière de Varadero


Varadero rime avec paraíso


Varadero et ses belles couleurs d’été

Le soir nous sommes sortis deux fois dans les boîtes populaires chez les cubains dont « La casa de la musica » connue pour être la « meilleure boîte de nuit cubaine ». Nous y sommes allés un lundi soir soit le jeudi étudiant cubain (quoi de mieux que de sortir le lundi pour être KO toute la semaine qui suit n’est-ce-pas) et la boîte était pleine à craquer, avec du reggeaton à fond, des couples dansant la salsa cubaine de tous les côtés et des mojitos à 3CUC. L’ambiance était folle et m’a rappelée les soirées au Mexique que l’on fait à Tijuana, de l’autre côté de la frontière à San Diego.


Le coucher de soleil sur Varadero avant de sortir le soir

Ce qui était énorme c’est que, comme je l’ai mentionnée plus haut, le streaming n’existe pas à Cuba et si les pirates arrivent à télécharger des musiques ce sont uniquement celles qui sont populaires au Mexique, puisque les relations avec les Etats Unis sont toujours très compliquées. Ainsi on a pu entendre du reggeaton actuel (Felices los 4, Bad Bunny tout ça, les vrais savent) mais pour ce qui est des chansons anglophones… Yeah de Usher était probablement la plus récente que le DJ ait passé (oui oui, celle qui est sortie avant 2010). On a même eu le droit à « move bitch get out the way bitch get out the way » ……… C’était vraiment énorme parce qu’en Europe ou aux US, on est aux antipodes de cette situation. On a adoré la soirée étudiante et l’ambiance de boîte de nuit cubaine, qui est vraiment différente de celle qu’on connait en France. Pour ce qui est du reggaeton, ça m’a énormément rappelé l’Espagne mais les cubains sont quand même de meilleurs danseurs (désolée mes petits catalans). En parlant de catalans, à Cuba le Barça est LE club favori ! On a pu voir de nombreux drapeaux du club un peu partout dans la ville et plusieurs cubains nous ont dit que le Barça était très apprécié sur l’île. On était à trois jours du clasico (qu’on a gagné 0-3 je le rappelle) et ils ne parlaient que de ça ! J’avoue que j’en ai un peu profité pour montrer ma carte de socio ce qui a suscité des regards plein d’étoiles dans les yeux. Pour être honnête c’était vraiment cool, et limite émouvant en tant que grosse chauvine, de voir que même dans l’un des pays les plus coupés du reste du monde, le Barça était autant apprécie. Visca Barça i visca Cuba !



Les cubains et le Barça, une belle histoire d’amour

Une dernière chose que j’étais obligée de mentionner dans cet article, c’est l’amour qu’ont les cubains pour ceux qu’ils appellent « leurs sauveurs » : Che Guevara, Fidel Castro et José Marti. Le Che est vraiment partout sur l’île, entre photos, peintures, tee shirts, tags… Tous les cubains à qui on a parlé l’apprécient voire l’adulent et le considèrent comme un icône. Même chose pour « Fidel » et José Marti, même si leur présence est moins ressentie. Les cubains prônent leur système comme le meilleur au monde en répétant que leurs universités, écoles et services médicaux font partie des meilleurs sur terre, ce qui est vrai. On a tendance à l’oublier tant par certains aspects Cuba se prête aux caractéristiques d’un pays en voie de développement, mais en réalité c’est un pays vraiment avancé sur certains aspects. Je ne me suis jamais autant senti en sécurité dans une grande ville que dans La Havane où nous avons marché des heures la nuit dans des petites ruelles sombres sans aucun problème, ce qui change de Paris, San Diego ou Barcelone. Les messages louant les prouesses du socialisme fleurissent donc sur les murs cubains et nombreuses personnes à qui nous avons parlé nous ont dit qu’à leurs yeux il n’y avait aucun pays qui pouvait rivaliser avec Cuba et que pour cela ils n’étaient jamais sorti du pays et ne comptaient pas le faire. Néanmoins, plus à La Havane qu’à Varadero, nous avons rencontré des cubains qui se positionnent contre le système et réclament moins de taxations et de présence de l’Etat (une très légère minorité tant l’admiration pour le gouvernement et Che et la famille Castro est grande).


L’amour pour Che, entre Plaza de la Révolucion et de nombreux tags


Fierté socialiste

Je vais finir d’écrire ici alors qu’en réalité je pourrais écrire des heures sur ce voyage et sur Cuba dont je suis tombée amoureuse. Il m’a fallu trois semaines pour redescendre de mon petit nuage et j’ai encore des étoiles dans les yeux quand je parle de cette belle île. Comme je l’ai écrit plus haut, il est quand même important de se rappeler que, même si une fois sur place, les conditions de vie semblent idylliques puisque personne n’a l’air d’être laissé de côté, la situation est en réalité plus complexe. En parlant avec des cubains nous avons eu la confirmation que l’Etat contrôlait la totalité des (maigres) connexions de l’île, taxait à plus de 90% les salaires et interdisait, punissait toute forme d’opposition. Et il a été difficile d’obtenir plus d’informations concrètes tant la peur d’être réprimandé est forte. Bien sur, avant de partir nous connaissions la situation économique et politique de Cuba, surtout depuis que nous vivons aux Etats Unis, mais une fois là-bas, entre la sensation d’être coupé du monde et la beauté tant culturelle que graphique de ce pays, il est parfois difficile de se le rappeler. Néanmoins, étant déjà très attachée à la culture hispanique et latine en général, Cuba est définitivement mon voyage préféré depuis le début de l’année et je songe très sérieusement à y revenir pour cette fois ci explorer le sud et l’ouest de l’île. Si jamais vous avez l’opportunité d’y aller, vraiment allez y sans hésiter. Vous reviendrez presque changés tant l’ambiance cubaine marque à vie. Muchas gracias por los recuerdos Cuba y nos vemos pronto.


Monumento a Jose Martí, la place centrale de La Havane


Les filles dans le premier airbnb et un peu de arte cubano

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« Cuba nos une en extranjero suelo,
Auras de Cuba nuestro amor desea,
Cuba es tu corazón,
Cuba es mi cielo. » Cuba nos une, José Martí







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